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Rappel historique

    Mausolée royal de Clotaire Ier (511-561), mis sous la protection d’un saint personnage renommé, Saint-Médard de Soissons connaît des débuts éclatants. Avant 566, l’évêque de Trèves, Nicet, dans une lettre à Clodosvinde, reine des Lombards, cite saint Médard parmi les plus grands thaumaturges du royaume, saint Remi, saint Martin, saint Hilaire, saint Germain d’Auxerre et saint Loup. En 575, Sigebert Ier (561-575) est à son tour enterré dans la basilique et saint Médard apparaît, dès le siècle suivant, comme un véritable patron dynastique. Il est mis sur le même pied que saint Denis par Clotaire II (613-629), qui fait jurer fidélité sur les deux tombeaux à l’homme qui avait tenté de le tuer. Comme toutes les basiliques majeures, Saint-Médard de Soissons reçoit la réforme se sainte Bathilde. Les privilèges qu’elle obtient - pleine immunité et libre élection de l’abbé - lui donnent une certaine indépendance. Pourtant, le nouveau monastère devient rapidement l’enjeu de rivalités entre les prétendants aux successions mérovingiennes et, très tôt, les pippinides s’attachent au contrôle de l’établissement. Toutefois, si c’est à Soissons que Pépin, après son élection en novembre 751, est oint par les évêques, celui de la cité étant abbé de Saint-Médard, c’est à Saint-Denis qu’il tient à renouveler cette cérémonie en 754, en y associant ses fils, avec le pape Étienne II. Saint Médard est pourtant absent des premières acclamations liturgiques chantées à la gloire du nouveau pouvoir, alors que saint Crépin et saint Crépinien, protecteurs de Soissons, y sont associés. Il faut attendre le règne de Louis le Pieux (814-840) pour que le monastère retrouve une place de choix dans le royaume. La dualité avec Saint-Denis apparaît à nouveau avec la nomination d’Hilduin, archi-chapelain et cousin de l’empereur, à la tête des deux établissements auxquels il applique les mêmes programmes. Mais c’est Saint-Médard qui a la faveur insigne d’accueillir les reliques de saint Sébastien, translatées depuis Rome en 826. L’afflux de dons donne une puissance financière sans précédent à cet établissement. Les liens de l’abbaye avec Louis le Pieux sont nombreux et le complexe abbaye-palais devient l’une des scènes où se déroulent les intrigues autour de l’héritage carolingien : l’enfermement et la pénitence de l’empereur, en 833, ont un grand retentissement. L’année 841 voit Charles le Chauve prendre part aux cérémonies de la dédicace de la nouvelle église. Mais les invasions normandes gagnent le Soissonnais : abbaye et palais sont en partie détruits en 886. Toutefois, le duc de Saxe y est enterré l’année suivante. Bien que le monastère soit fortifié par le roi Eudes en 893, les moines, à peine réinstallés, fuient devant la menace hongroise. C’est à nouveau l’exode et une partie des reliques est envoyée à Dijon.

    De ces différents raids ont sûrement résulté de grandes ruines, même si elles sont plus tard amplifiées par les chroniques, notamment celles d’Odilon, historiographe et l’abbaye vers 930. À cette époque, hormis la courte main-mise de Raoul entre 932 et 935, le roi ne peut plus intervenir dans les affaires de l’abbaye, tenue par la puissante maison des Vermandois qui ambitionne de succéder aux derniers carolingiens. Bien qu’il n’en soit parvenu aucun témoignage écrit, ceux-là durent faire réaliser d’importants travaux de restauration, car on imagine mal qu’Herbert III de Vermandois (mort vers 980-984) et la reine Ogive, son épouse, se soient faits inhumer dans une abbaye qu’ils auraient laissée en ruines. De même, la visite de l’empereur Otton II en 978 suppose des bâtiments en état.

    Ces restaurations sont d’autant plus méritoires que le pouvoir financier de l’établissement décroît durant cette période : les invasions normandes, les invasions hongroises, la dislocation de l’Empire entraînent la perte de ses propriétés les plus lointaines comme, par exemple, celles du pays nantais. Ces pertes sont partiellement compensées par des dons parfois spectaculaires, comme le domaine de Donchery dans les Ardennes, donné par l’empereur Charles le Gros.

    Mais la communauté ne peut faire face à l’utilisation progressive de son patrimoine à des fins personnelles par les abbés, par les doyens et par l’aristocratie locale. L’élection d’un abbé régulier, à partir de 970, ne modifiera pas immédiatement ce contexte. Il faut attendre l’abbé Richard (avant 1019 - après 1038) pour que les diverses revendications soient clairement énoncées. Le débat est d’abord institutionnel, Richard se réclamant auprès du pape de privilèges d’exemption face aux évêques. L’intervention de Fulbert de Chartres, venu au secours de l’évêque de Soissons, donne un certain retentissement au débat. À cette époque, pendant laquelle Eudes de Blois-Champagne contrôle probablement l’abbaye, les bâtiments semblent en assez bon état comme en témoigne la relation de l’intervention du roi en 1039 au sujet des reliques. Il faut attendre la reprise en main de l’établissement par Henri Ier, qui écarte définitivement le comte de Champagne en 1048, pour qu’une véritable reconquête du temporel soit entreprise. Les années qui suivent sont marquées par les tentatives de réforme d’Arnoul de Pamèle, moine puis abbé de Saint-Médard en 1079-1080, avant qu’il ne devienne évêque de Soissons.

    Dès les premières années du XIIe siècle, l’abbé Raoul (1094-1119), disposant d’un temporel restructuré et d’un environnement économique favorable, entreprend une reconstruction générale du monastère. En 1119, Geoffroy Cou de Cerf, nouvel abbé (1119-1131), est chargé d’introduire la réforme clunisienne. C’est à lui que l’on confie Abélard, assigné à la résidence dans le monastère à la suite du concile de Soissons en 1121, qui l’avait condamné pour son livre sur la Trinité.

    La dédicace de l’église principale par le pape Innocent II, en 1131, marque une étape solennelle dans cette lente restructuration, dont témoignent par la suite les nombreuses consécrations d’autels. Les remparts sont restaurés en 1210 par Philippe Auguste, tandis qu’une reconstruction générale des bâtiments claustraux est poursuivie tout au long du XIIIe siècle. Les écrits de Gautier de Coincy, grand prieur de l’abbaye, révèlent l’activité intellectuelle du lieu, bien que les grands centres soient alors dans les écoles-cathédrales, comme celle du diocèse voisin de Laon, l’une des plus prestigieuses de son temps.

    La guerre de Cents Ans met l’institution en difficulté, mais l’abbaye, pour son jubilé de 1530, expose encore à l’occasion de la procession pour la délivrance des enfants de France un fabuleux trésor de reliques à la vénération, dit-on, de 300 000 fidèles. Ce sont les guerres de Religion qui marquent la période la plus difficile pour l’abbaye : le couvent est dévasté de 1567 à 1568. Pourtant, les tentatives pour supprimer cet établissement échouent et l’église, qui s’est écroulée d’elle-même en 1621, est finalement reconstruite à partir de 1630, avant que l’abbaye ne soit intégrée à la congrégation de Saint-Maur en 1636, ce qui rend quelque lustre à Saint-Médard. L’abbaye demeure l’un des établissements importants du diocèse. L’ensemble est détruit à la Révolution. Seule la crypte et quelques rares vestiges ont subsisté et sont parvenus jusqu’à nous.

Denis DEFENTE.





 

Huile sur toile. vue de l'abbaye Saint-Médard (musée inv. 93 7 2723)
Ce tableau représente l'ensemble monastique dans sa plus grande extension, avant les destructions et pillages protestants de 1565-1568.

 

Tête de Clothaire 1
497-561; Roi de Soissons en 511 ;
(musée, inv. 937 24 89)
Clothaire1décida de se faire inhumer à Soissons, auprès de Saint  Médard, dans l'église qu'il avait fondée en son honneur.
Son fils Sigebert 1, qui selon Grégoire de Tours en avait avancé la construction fut également enterré à Saint-Médard